Angkor Trail

Angkor Vat, Cambodia

15 Juin 2012 - 16 Comments - by RUNTHEPLANET

Angkor Trail

Angkor Vat, Cambodia

15 Juin 2012 - 16 Comments - by RUNTHEPLANET

Il est des lieux sur Terre qui font rêver. Certains plus que d’autres, de par les paysages qu’ils offrent, ou leur histoire, ou bien encore par l’ambiance qui y règne. Il en est un particulièrement qui respire tout cela en même temps : là-bas tous les sens sont émerveillés. Des temples oubliés au fond de la jungle, dans une ambiance particulièrement mystérieuse, se dévoilent doucement dans le champ des oiseaux, offrant leurs murs disloqués à notre vue, nous laissant lire leur histoire gravée jadis dans la pierre.

Je parle bien sûr des temples Khmers d’Angkor, au Cambodge.

Siem Reap est une petite ville du nord du Cambodge ; c’est là que j’ai passé la nuit. Je pars tôt le matin, le soleil n’est pas encore levé. Direction Angkor Wat pour les lueurs de l’aube. Angkor Wat est probablement la perle des temples Khmers. Le plus important, le plus connu, le plus sublime. Son nom signifie la Cité Pagode. Car en plus d’être un temple, c’était aussi une ville.

D’ailleurs personne ne s’y est trompé, car tous les touristes des environs se sont donnés rendez-vous là, pour assister au lever de soleil sur Angkor avant de retourner à l’hôtel prendre un petit déjeuner, voire se rendormir (il est 5h du matin). Comme chacun sait désormais que je hais la foule, surtout appareil photo au cou et prenant des pauses ridicules, je fuis. Je cours dans les couloirs d’Angkor Wat.

Le temple est gigantesque, j’ai l’impression d’être au Château de Versailles.

C’est magnifique, certes, les gravures sur les murs sont sublimes, l’architecture est étonnante. Mais je ne suis pas venu pour ça, alors je ne m’attarde pas trop. Je ressors de l’autre côté, repère un petit sentier, et m’enfonce dans la jungle.

J’en ressors assez vite d’ailleurs : je serpente entre les cultures d’un village.

Je marche bien dans les traces, au milieu du chemin, non à  cause des termitières comme celle ci-dessus, mais pour éviter de marcher sur une mine. J’ai croisé assez d’unijambistes en ville. Ces mines sont un fléau. Les hommes, que ce soient les Vietnamiens, les Khmers Rouges, ou les Américains, n’ont eu de cesse des années 60 jusqu’aux années 90, de miner le sol cambodgien. Pendant 30 ans on a enterré des engins de mort sans en dresser une carte, des mines à souffle, des mines antichar, des mines fragmentées, des mines piégées, de 3 kilos pour les mines chinoises jusqu’à 10kg pour les russes. On a même trouvé des mines artisanales fabriquées par les Khmers Rouges à partir de résine de bois, d’engrais chimique et de poudre noire !

Pendant 30 ans on a miné le Cambodge, et il en faudra beaucoup plus pour le déminer. Les Français s’en sont beaucoup chargé, aujourd’hui c’est la CMAC (Cambodian Mine Action Center) qui en est responsable. Des régions entières sont infestées, et sachant qu’il en coûte 300$ pour désamorcer une mine (plus cher que sa fabrication), on imagine les sommes folles représentées.

Je pense à tout cela en arrivant dans ce petit village, et me dis que ces enfants jouant avec leur balançoire maison ont dû se faire souvent tirer les oreilles par leurs parents pour ne pas aller jouer trop loin dans la forêt. À mon avis on ne leur raconte pas d’histoire de grand méchant loup dans ce pays au passé chargé. Il y a déjà Pol Pot pour les faire manger leur soupe.

Un peu plus loin, j’arrive près d’un étang appelé Srah Srang, le « bain royal ». Ce bassin a été construit au Xe siècle en même temps que des travaux hydrauliques de dérivation de la rivière. On y a retrouvé des jarres emplies de bouddhas et d’objets en bronze. Des inscriptions stipulent que l’eau était amassée là « pour toutes les créatures, à l’exception des éléphants, briseurs de digues ». Aujourd’hui le bassin sert de baignoire et de machine à laver (autrefois aussi probablement).

De l’autre côté de Srah Srang, une silhouette patiente entre les arbres. Une porte surmontée de 4 visages faisant face aux points cardinaux. Ils ont les yeux fermés mais on hésite quand même à passer dessous. Je m’attends à ce que l’une d’elle se réveille et me pose une énigme comme droit de passage !

Derrière cette enceinte, un temple beaucoup plus délabré qu’Angkor Wat.

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Les murs se sont à moitié effondrés mais sont encore couverts de bas-reliefs. Les silhouettes sont des devatas.

Il y en a un peu partout. A l’intérieur du temple, les murs sont couverts aussi de bas-reliefs, racontant l’histoire des Khmers. Ce temple a été construit par le fameux Jayavarman VII, au XIIe siècle. Comme il a bâti nombre d’autres temples, on y reviendra plus loin.

Je traverse le temple et ressors de l’autre côté, passant sous une autre Gopura aux 4 visages, et butte assez vite contre un mur en pierre : il y a un autre temple enfermé là ! Je passe par une petite porte gardée par un figuier étrangleur.

A l’intérieur, on se rend compte immédiatement de l’état délabré des pierres. Les murs sont fendus, les plafonds pour beaucoup effondrés.

Nous sommes à Ta Prohm, édifié aussi par Jayavarman VII. On y retrouve l’ambiance recherchée des temples oubliés dans la jungle…

Partout ces arbres géants, figuiers étrangleurs ou kapokiers, ont élu domicile sur les murs de Ta Prohm. C’est à se demander s’ils ne sont pas les gardiens du temple. Leurs racines agrippent la pierre comme des tentacules.

Il suffit d’une graine déposée là par un oiseau, et l’arbre déroule doucement ses racines jusqu’au sol, suivant les fissures, s’insérant dans les failles jusqu’à les élargir, des disloquer, les faire éclater.

L’arbre s’étire jusqu’à terre avant de pousser. Il déroule ses tentacules comme une pieuvre géante. On raconte qu’ils sont vivants et qu’ils se déplacent : il n’est pas rare de se retourner et d’être surpris de découvrir un arbre qui n’était pas là l’instant d’avant !

Ils enjambent les murs tels des géants, se promènent parmi les pierres, se penchent goguenards sur vos épaules, et choisissent d’ouvrir ou d’interdire les portes.

 Certains pensent que ce sont les arbres qui ont vidé les lieux de leurs occupants il y a des siècles…

…qu’ils sont venus une nuit, ont chassé les Khmers et se sont installés à leur place. Comment ne pas y croire ? On dirait même que les arbres ont forcé les barricades dressées jadis par les hommes pour les empêcher d’entrer…

Sont-ce eux qui ont jeté bas ces blocs, enfouissant bas-relief, statues et autres vestiges sous des tonnes de pierres ?

Peut-être… en attendant, ce sont souvent ces arbres qui maintiennent les temples debout. Ils les fracturent pour mieux mêler leurs racines aux murs, puis soutiennent l’ensemble : bois et pierre ne font plus qu’un. Il faut retenir toutefois que cela ne dure pas éternellement : quand l’arbre tombe ou meurt, il emmène le temple avec lui, leur destin devient inéluctablement lié.

Ce temple, Ta Prohm, contrairement aux apparences, est restauré. Les arbres ont été laissés là, à la fois parce qu’ils font partie maintenant de l’ensemble et qu’ils participent au maintien des constructions, mais aussi pour garder cette ambiance romantique, recréer le sentiment qu’ont dû ressentir les découvreurs d’Angkor au 19e siècle. Il est souvent dit d’ailleurs qu’Angkor a été « découverte par les Européens ». C’est un non-sens et reflète une vue euro-centrique. Les Khmers n’ont jamais oublié l’existence de ces monuments, et même s’ils les ont négligés à travers les siècles, Angkor est toujours resté habité. Il est cependant exact que c’est à partir de la publication posthume des notes d’Henri Mouhot, en 1863, qu’est né l’intérêt occidental pour les merveilles khmères. Les pionniers ont laissé la place aux chercheurs, en majorité français avant que le royaume du Siam ne cède la partie nord du Cambodge en 1907…

Ta Prohm est restauré malgré son air d’avoir été découvert la veille. Il existe d’autres temples, moins restaurés, voire pas du tout. Le Beng Mealea fait partie de ceux-là.

Je fais en réalité une petite digression spatio-temporelle car ce temple est éloigné d’Angkor de 40km et j’y ai fait un saut… à moto…

Ce temple est un incontournable pour ceux qui aiment justement cette ambiance à la Indiana Jones. Beng Mealea est authentique, c’est un temple autrefois majeur, construit sur l’ancienne voie royale, mais qui est grignoté par la forêt depuis 850 ans.

Là aussi les arbres ont sauté les murs et sont entrés dans le temple fortifié. On voit encore les traces de leurs racines griffues sur la pierre…

Ils sont entrés et ont tout pris.

Rappelez-vous du film de Jean-Jacques Annaud, Les Deux Frères (2004). C’est ici qu’il a été tourné, ainsi qu’à Ta Prohm.

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Allez, fin de la digression, retour à Ta Prohm et à ses arbres qui me pressent d’un peu trop près.

Je me réfugie dans les couloirs, loin des tentacules végétaux, et le silence n’est troublé que par mes pas.

Les bas-reliefs sont magnifiques et racontent l’histoire du peuple khmer. On y apprend qu’il vivait ici plus de 12000 personnes ! Nous sommes dans le temple proprement dit, mais celui-ci est entouré d’une enceinte carrée de près d’un kilomètre de côté ; les constructions en bois qui s’y tenaient, maisons et autre, ont depuis longtemps disparu…

Je me promène parmi les gravures, représentant divers personnages khmers, des devatas, Bouddhas ou Vishnu, lorsque je tombe sur un bas-relief qui me fait stopper net :

Un Stégosaure ! Espèce vivant dans la jungle khmère il y a 800 ans ? D’autres créatures extraordinaires l’accompagnent. Produit de l’imagination des sculpteurs ? Ont-ils trouvé des fossiles dans la jungle ? Le mystère restera probablement entier… Je ressors sous le regard amusé de Bouddha.

Je m’engage sur une piste dans la forêt, qui se transforme rapidement en un sentier, lequel se partage en plusieurs traces prenant diverses directions. Heureusement je me suis muni d’une boussole pour me diriger plus ou moins vers le nord et le temple de Ta Nei. La forêt se fait de plus en plus profonde ; je croise une colonne d’insectes caparaçonnés, chaque spécimen mesurant près d’un centimètre, se suivant à la queue leu leu comme le feraient des fourmis, se conduisant comme un fluide : le flux vivant se coule entre les racines, se sépare, se rejoint, les petits ruisseaux devenant de grandes rivières, et le flot de pattes et de mandibules s’épanche jusqu’à un trou entre les dalles, remplissant le sous-sol d’une marée d’insectes. Des termites. Je réalise alors que les monticules de terre que j’ai aperçu dans la forêt n’étaient autre que des termitières géantes…

Je me hâte de ficher le camp d’ici ! Et j’aperçois bientôt entre les arbres une gopura, le pavillon d’entrée des temples khmers.

Puis, disséminés dans les herbes, des restes de civilisation khmère, déposés là par les racines d’un kapokier, aussi appelé fromager car son bois était utilisé pour fabriquer les boites de fromage (enfin c’est ce qu’il se raconte).

C’est peut-être pour cela que les arbres ont détruit les temples khmers, il ne fallait pas en faire de vulgaires boites à fromage.

Ta Nei est enfoncé assez profondément dans la jungle, il ne doit pas recevoir souvent de la visite hormis quelques singes, c’est probablement pour cela que je l’ai particulièrement apprécié. Son état n’a pas dû beaucoup changer depuis des dizaines et des dizaines d’années.

J’aurais pu être le Père Bouillevaux, Jean Commailles, Doudart de Lagrée de l’expédition du Mékong, ou encore un pilleur portugais du 16e siècle et découvrir ce temple en l’état.

J’y pénètre comme si j’étais le premier depuis 800 ans.

A l’intérieur, les arbres ont aussi jeté bas murs et plafonds comme de vulgaires fétus de paille.

Ta Nei. Fin du 12e siècle. Sous le règne de Jayavarman VII donc. Décidément, ce Jayavarman est un bâtisseur, et on n’a pas fini d’en parler.

Je me délecte de cette ambiance. Temples perdus au fond de la jungle… aucun touriste autour de moi, personne hormis les oiseaux et quelques singes… je ne peux m’empêcher toutefois de penser à cette civilisation disparue. Les Khmers. À ne pas confondre avec les Khmers Rouges ! Les Khmers Rouges sont le surnom donné au parti du Kampuchéa, mouvement militaire communiste qui a dirigé le Cambodge entre 1975 et 1979, mais existant depuis 1951, jusqu’à disparaître en 1999, et tristement rendu célèbre par son principal dirigeant, Saloth Sâr, ou Pol Pot, qui aura provoqué plus d’un million de morts soit 1/5 de la population cambodgienne. Une parenthèse moderne, ensanglantée et terrible, qui aura jeté l’opprobre sur un nom, Khmer, qui dénomme au contraire une civilisation brillante en son temps, et aujourd’hui le groupe ethnique principal du Cambodge.

Les murs des temples, couverts d’inscriptions, nous racontent l’histoire des Khmers. Jusqu’au 9e siècle leur histoire était faite de petits états indépendants qui se consolidaient occasionnellement en de plus grands empires mais qui ne duraient jamais très longtemps. Les Chinois appelaient cette région le Funan, qui avait une importance stratégique car de là on contrôlait les routes maritimes autour du delta du Mékong et du Golfe de Thaïlande. Au 6e siècle on trouve trace d’un roi, Bhavavarman I, qui conquit les territoires khmers du Funan, entre les Môns (Birmans) et les peuples du Vietnam, issus du sud de la Chine. Les Khmers sont un peuple serrés entre les terres de l’Inde et celles de la Chine. Ce n’est pas pour rien qu’on appela cette région l’Indochine. Les Khmers négocièrent beaucoup avec les Chinois, et reçurent beaucoup de l’Inde, surtout au niveau de la religion car ils adoptèrent et adorèrent Shiva, Vishnu, ainsi que Bouddha, alternant les influences selon les époques (hindoue ou bouddhiste), en parallèle avec le culte du Dieu-roi. L’Inde leur offrit des Dieux, la Chine leur vendit des marchandises terrestres.

Au 9e siècle Jayavarman II parvint à rassembler ses peuplades et établit son pouvoir, se faisant appeler « empereur du monde ». Nous étions en 802 ; au même moment en occident, Charlemagne se faisait sacrer empereur. Deux empereurs du monde qui ignoraient probablement tout l’un de l’autre…

Puis, entre Suryavarman I et Suryavarman II, soit entre l’an 1000 et 1150, le royaume s’agrandit jusqu’à venir buter contre la Thaïlande, le Laos et la Birmanie. Dans le même temps, sortirent de terre des temples magnifiques comme le Baphuon, le Beng Mealea que nous avons vu, et surtout Angkor Wat. Mais les nuages s’amoncelaient à l’horizon car des hordes de l’empire ennemi, les Chams, conspirant avec des factions khmères, se regroupaient au sud du lac Tonlé Sap, armés jusqu’aux dents…

Je chemine dans la forêt en pensant à tout cela, en ressortant de temps en temps lorsque je me rapproche d’un village et de ses cultures. Là-bas, le tracteur n’existe pas encore.

Je m’enfonce de nouveau dans la jungle, en restant bien au milieu du sentier, toujours à cause de ces mines sournoises, et ce n’est pas une mince affaire car je n’ai pas de carte détaillée des sentiers locaux, ni de l’emplacement des villages : je connais uniquement la localisation des temples et ruines des environs. C’est-à-dire que je pourrais naviguer à l’estime, piquant droit sur un temple à travers la forêt, mais les mines étant justement cachées dans les bois et les rizières, cela m’est interdit : je dois emprunter les sentiers, sans savoir lequel va où… D’autant plus que la région est noyée et les marres peu engageantes…

Soudain, un regard fixe entre les arbres m’arrête tout net, et j’ai su que j’étais arrivé.

Ta Som, construit par Jayavarman VII est annoncé par une gopura à visages. Un figuier étrangleur s’est accaparé la porte et s’est autoproclamé guardien du temple.

Ses racines ont étranglé le portail, disloquant les jointures, éclatant les frontons, étouffant les bas-reliefs millénaires.

Certaines figures comme cette devata ont l’air d’appeler à l’aide, inéluctablement avalées et absorbées par le végétal insatiable. La devata disparaît quasiment sous mes yeux, poussant un cri silencieux, se dévissant le cou pour sentir une dernière fois la lumière du soleil sur son visage.

Les temples d’Angkor disparaissent doucement, disloqués par la forêt, démantibulés par les pluies, ponctionnés par les pilleurs (encore aujourd’hui : nombreuses figures de bas-relief ont le visage manquant). A ce sujet d’ailleurs, voici une anectode qui s’est passée dans un temple remarquable, Banteay Srei (Xe siècle), dont les murs sont couverts à presque 100% de bas-reliefs d’une finesse extraordinaire, certaines fleurs étant gravées littéralement en 3 dimensions.

Ce temple, Banteay Srei, a été redécouvert tardivement, en 1914. Qui se rappelle qu’en 1923 un jeune français de 22 ans se faisant passer pour un étudiant de l’École des Langues Orientales s’y rend dans le but de voler puis revendre des objets d’art ? Le jeune français découpe à la scie quatre apsaras et arrache une tonne de sculptures et de bas-reliefs destinées à un collectionneur. Il sera heureusement arrêté quelques jours plus tard à Phnom Penh et écopera de 3 ans de prison ferme. Une mobilisation des intellectuels français réclamant un statut privilégié à « ceux qui contribuent à augmenter le patrimoine intellectuel de notre pays » (sic) – Louis Aragon, André Breton, François Mauriac et André Gide entre autres – lui permettra de voir sa peine réduite à quelques mois ! Cet homme n’était autre… qu’André Malraux, futur Ministre des Affaires Culturelles de De Gaulle, et Roger Peyrefitte le désignera sans relâche du nom de « voleur de Banteay Srei ».

Le temps de ressasser tout cela, j’ai traversé un long bout de forêt sur une piste en latérite, traversé une rivière sur un vieux pont en ferraille où l’on ne peut passer à deux de front, et j’arrive au Preah Khan. Ce temple a été érigé en 1191 par Jayavarman VII, grande figure khmère. En 1177 eut lieu la bataille navale du lac Tonlé Sap lors de laquelle les Chams (vietnam) ont battu les Khmers et ont pris Angkor… Jayavarman VII avait juré de se venger des Chams et mit soigneusement son projet en action, durant 4 ans de patience et de dissimulation aux termes desquels il reprit Angkor, poussa jusqu’à la capitale des Chams et défit son roi. C’est en l’honneur de cette victoire que fut bâti Preah Khan, pendant que nos maçons médiévaux élevaient les flèches de Notre-Dame de Paris vers le ciel.

C’est à partir de ce succès que Jayavarman VII put devenir un grand roi, à près de 50 ans, alors qu’il avait passé sa vie à guerroyer sans se préoccuper du trône, laissant même un usurpateur, simple mandarin, régner pendant 7 ans. Il reconquit donc d’énormes territoires, bâtissant un véritable empire, et entreprit de faire remplacer le culte du Dieu-Roi par celui du Bouddhisme. Ce qui n’est pas anodin, rappelez-vous d’Henri IV abjurant… « Paris vaut bien une messe ! »

En plus d’un temple c’était une sorte d’université car vivaient en cette enceinte un millier d’enseignants. Et toujours ces arbres dont les racines ont depuis remplacé les vieilles colonnes de pierre. Parfois les arbres se minéralisent en forêts fossiles, ici c’est le minéral qui se végétalise.

J’arpente les couloirs de Preah Khan, écoutant les échos des sages qui y résonnent encore depuis 800 ans…

Au détour d’un couloir, une lumière blanche fantomatique illumina les murs gravés de l’histoire du temple. Une silhouette assise sur une stèle prend des poses comme si elle voulait attirer l’attention, et réfléchit la lumière du soleil qui tombe du plafond, en la renvoyant comme une lentille.

Je m’approche du seuil et j’ai bien cru rêver pendant quelques secondes !

Il faut avouer que l’endroit est romantique ! Mais cette rencontre a quelque chose de décalé, comme si la jeune mariée n’était pas à sa place ici. Je ressors de Preah Khan, les voix des vieux sages s’étant tues par réprobation, et me dirige vers le sud, visant l’enceinte carrée de 3km de côté d’Angkor Thom. Je ne peux pas la rater même en passant à travers la jungle. Je passe la porte Nord gardée par des visages à l’air aussi mystérieux qu’inquiétants.

Angkor Thom, réalisée aussi par Jayavarman VII, grand bâtisseur et probablement le dernier grand roi Khmer, fut une des plus grandes villes khmères jamais bâties, et resta la capitale khmère jusqu’au 15e siècle : on estime qu’un million d’habitants vivaient là (dans et hors des murs) ce qui en faisait le plus vaste centre urbain connu du monde préindustriel ! Angkor Thom enferme plusieurs temples et constructions comme le Phimeanakas, la Terrasse du Roi Lépreux, la Terrasse des éléphants, le Baphuon et le Bayon. En face du Phimeanakas se dressent 12 petites tours identiques, les tours Suor Prat.

Zhou Daguan, un diplomate chinois du XIIIe siècle qui a passé un an à la cour des Khmers, raconte :

Zhou Daguan

Prenez le cas où deux hommes sont en dispute, sans qu’on sache qui a tort et qui a raison. En face du palais royal il y a 12 petites tours de pierre. Les deux hommes viennent s’asseoir chacun dans une tour, sous le regard des membres de leur propre famille. Ils y restent un ou deux, voire trois ou quatre jours. Quand ils en sortent, l’homme qui est en tort a inévitablement contracté des maux, que ce soit des ulcères, un catarrhe, ou une fièvre. L’homme dans son droit n’a pas le moindre mal. C’est par ce moyen qu’il jugent qui est innocent et qui est coupable, ils appellent cela le Jugement Céleste.

 Je quitte les 12 tours du Jugement Céleste, trop heureux de ne pas être en bisbille avec un Khmer car je n’ai pas quatre jours de libre devant moi, et j’arrive au centre géométrique d’Angkor Thom. Un carré dans le carré. Le Bayon. Sur le chemin du retour (cela fait déjà 6 ou 7 heures que je cours et visite), je pensais passer devant sans trop m’y attarder. Mais c’était sans savoir que j’allais me présenter devant la construction la plus énigmatique et hermétique du monde, à part peut-être l’île de Pâques. Le Temple d’État de Jayavarman VII est circonscrit dans un tout petit carré de 150m de long, à la croisée des route nord-sud et est-ouest de la ville d’Angkor Thom. C’est le centre névralgique du monde Khmer, on appelle cela un temple-montagne car comme d’autres il représente le mont Meru, centre du monde, sur lequel sont assis les Dieux, entourés de l’océan originel, et c’est d’ailleurs le dernier temple-montagne à être bâti car après Jayavarman VII la civilisation khmère se perdit doucement, avalée par les figuiers étrangleurs et les fromagers avides de revanche.

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La construction du Bayon s’est étendue de la fin des années 1100, tandis que Saladin prenait Jérusalem et que Richard Cœur de Lion mourait dans le Limousin, jusqu’au XIIIe siècle. Il a été bâti par Jayavarman VII et rois suivants, on le sait, mais il aurait pu tout aussi bien l’être par une civilisation extra-terrestre.

Nous sommes au Cambodge, mais on aurait pu sortir du Nostromo sur la planète LV-426.

Où que vous soyez, le Bayon vous regarde. Partout, ces visages… impénétrables. Insondables. Qui vous contemplent comme s’ils vous jugeaient. Je marche sur la pointe des pieds, je baisse les yeux, j’ai envie de demander la permission avant d’entrer. Je me sens tout petit et à la merci de ces faciès hermétiques, on se sent sondé au plus profond de soi-même.

L’impression est tenace, mais leur sérénité finalement apaise… Il y a 37 tour-visages. Il y en avait à l’origine 49, voire 54 selon certains.

La plupart des tours comptent quatre faces, aux quatre points cardinaux, mais certaines en comptent trois, voire deux, et la tour centrale, haute de 43m, en compte des dizaines. Au total, ce sont plus de 200 visages qui vous contemplent où que vous vous teniez, 200 répliques de Lokesvara, « le Seigneur qui observe ». L’impression générale est un peu touffue, compliquée, car le temple a été modifié plusieurs fois, on lui a ajouté tours et étages au fil des ans et des successions d’influence religieuse (Panthéon des Dieux, Hindouisme, Bouddhisme).

Dans les couloirs du temple, les murs sont couverts de bas-reliefs : ils montrent des scènes de la vie de tous les jours, de chasse, pêche, cuisine, marchandage avec des Chinois (déjà), mais surtout des scènes de guerre. Une fresque gigantesque raconte la bataille de 1177 où les Chams ont pris et ravagé Angkor, et la fameuse bataille de 1181 où Jayavarman VII prend sa revanche sur les Chams : une bataille navale sur le lac dans laquelle des bateaux s’abordent, emplis de guerriers armés de lances, tandis qu’autour les crocodiles se délectent des victimes tombées par-dessus bord. Sur terre, les armées s’affrontent, s’efforçant de tenir les rangs que les catapultes font voler en éclat. Des éléphants sur lesquels on a monté des balistes (arbalètes) manœuvrées par deux hommes, se font l’ancêtre des auto-mitrailleuses. Jayavarman devint un grand roi, le dernier d’ailleurs, édifia tous les temples qu’on a vu et y introduisit le culte bouddhique, d’où les visages de Lokesvara… Après sa mort, ses successeurs s’empressèrent d’abattre nombre de figures bouddhiques pour remettre l’Hindouisme au goût du jour, les discordes embrasèrent de nouveau le pays qui se replia sur lui-même. Moins de 200 ans après la mort de Jayavarman, Angkor était abandonnée.

Je ressors un peu ébranlé du Bayon, me dirigeant vers l’enceinte sud d’Angkor Thom, que je franchis par le portail sud. L’impression de quitter une ville antique et mystérieuse est à son comble.

Le soleil se couche, les moines rentrent dans l’enceinte des temples pour les prières.

Quant à moi, je trottine le long d’un petit chemin, jusqu’à Siem Reap, et je n’ai aucun souvenir de ces kilomètres monotones, car mon esprit était encore embrumé par ces visages énigmatiques et multiples, comme s’ils m’avaient imposé pensées et images mêlant ésotérisme, histoire khmère, civilisation oubliée, temples perdus dans la jungle…

Que sont devenus les anciens Khmers ? Furent-ils chassés par les arbres ? Prirent-ils place dans un vaisseau spatial pour repartir sur leur planète ? L’émissaire chinois Zhou Daguan, dont j’ai parlé plus haut, qui a peut-être rencontré Marco Polo à Pékin, était à la cour de Srindravarman en 1297, et ce sont plus ou moins les dernières nouvelles qu’on a eu de cette civilisation. Elle ne s’est pas volatilisée du jour au lendemain bien sûr, mais tout ce qu’elle a pu bâtir ensuite était en bois et a depuis longtemps disparu. Puis la ville d’Angkor perdit doucement de son importance, le centre du pays se déplaçant vers Phnom Penh et Ayutthaya, mieux placés pour le négoce.

Tandis que la France s’extirpait du Moyen-Age et entrait dans la Renaissance, le royaume d’Angkor, lui, se perdit dans l’histoire, dans la jungle et la mémoire des hommes. Il ne ressortit au grand jour qu’au XXe siècle, en partie grâce aux Européens qui déchiffrèrent les murs des temples. Mais les visages du Bayon savent, eux. Ils ont tout vu. La gloire des Khmers, l’abandon, les guerres, les tortures, les bombes, tout. Ils vous le diront, si vous fermez les yeux et écoutez.

Voici une vidéo qui retrace mon petit périple.

Et comme il me reste beaucoup de photos (l’article en a contient déjà trop), vous pouvez les voir en grand en page portfolio.

Festa Trail 2012

Les montagnes de Corée

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Never Hesitate - Never Regret

16 Responses to “Angkor Trail”

  • trailman

    Written on 15 juin 2012

    Bel article JPhi. C’est un endroit magnifique. C’est triste que les guerres et les pillages n’ont pas permis la restauration, ou tout au moins la non-dégradation, de ces sites. Tu parles d’un film de JJ Annaud, mais ce qui me vient à l’esprit en voyant ces ruines, c’est Apocalypse Now, et le monologue de Brando, dans des ruines très similaires. Une autre pensée me vient, celle d’étudiants cambodgiens rencontrés en Australie et qui repartaient chez eux, après la révolution Kmer Rouge. J’ai eu beau les dissuader, il ne croyait pas que c’était si grave que ça. Je n’ai jamais eu de nouvelles depuis. Et une autre émotion m’interpelle : celle de la découverte de paysages exceptionnels, que l’on atteint après de longs efforts. A ce moment, on aimerait partager ces moments forts avec la famille, les amis. C’était le cas pour les lacs de Band-i-Amir en Afghanistan. As-tu ce même ressentiment ? Mais il est vrai qu’à ton retour, tu nous fais découvrir ou redécouvrir tous ces moments fabuleux. Merci encore, et bonne continuation. Take care.

    Répondre
    • Jphi

      Written on 16 juin 2012

      Merci à toi trailman ! La restauration est quand même assez avancée, la plupart des temples ne seraient pas visitables sinon, et beaucoup ne seraient que des tas de pierre : même si les murs ont l’air en ruine, beaucoup ont été relevés de terre. La plupart des pays sont impliqués dans cette restauration ce qui est bon signe. Il faut juste le temps.
      Un autre point que tu as soulevé : l’envie de partager les paysages qu’on rencontre avec ses proches. C’est bien vrai ! Découvrir une vue sublime et être seul à la contempler c’est toujours un peu amer, mais on se dit qu’on reviendra… D’un autre côté c’est bien aussi, ça fait des souvenirs à soi…
      Bon à plus ça commence à faire longtemps hein !

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  • Rèm

    Written on 16 juin 2012

    Amazing! J’espère que tu n’as pas ramené de termite chez toi…

    Répondre
    • Jphi

      Written on 16 juin 2012

      J’espère pas sinon j’aimerais bien voir la tête du gars qui viendra traiter mes charpentes quand il verra la taille des bêtes !!!

      Répondre
  • macfly20222

    Written on 16 juin 2012

    Merci Jphi pour moi qui adore les vieilles pierres je suis comblé comme tu me l’avais promis. Je suis perplexe pour l’histoire du stégosaure moi qui suis collectionneur de fossiles ca me laisse sans voix cette histoire, il fallait que cette civilisation soit vraiment en avance pour reussir à faire la liaison!!! Je connais aussi le mekong puisque je suis allé au vietnam en novembre dernier mais vu ce que tu viens de nous montrer je pense un jour retourner dans cette région pour avoir la chance de découvrir comme toi les merveilles du Cambodge.Encore merci et a bientôt !!

    Répondre
    • Jphi

      Written on 18 juin 2012

      Tout à fait d’accord avec toi macfly, concernant le stegosaure : même s’il est évident qu’ils n’ont pas eu affaire à un spécimen vivant, imaginer à partir d’un squelette (probablement incomplet) jusqu’à la bête, ressemblant à l’idée qu’on s’en est faite à notre époque… étonnant !
      En tous cas il ne faut pas hésiter à aller à Angkor : du Mékong, c’est à 45min de vol ! Et j’ajoute que la plupart des temples sont accessibles facilement par des petites routes, en tuk-tuk…. A+ man !

      Répondre
  • Tat

    Written on 18 juin 2012

    Superbe mais effrayant! Es-tu sûrqu’il n’y avait pas quelque ALIEN dissimulé? A ta place j’aurais couru aussi vite que toi mais dans l’autre sens(jà jà ) Ave juste une petite devant ce mystérieux stégosaure .enfin tu as réussi à échapper à ces démoniaques tentacules si terrifiants, c’est le principal!!!!

    Répondre
    • Jphi

      Written on 19 juin 2012

      Et oui ça fait planète d’aliens hein ? Au fait personne n’a relevé la LV-426 ? C’était trop facile c’est ça !

      Répondre
  • nouvel30

    Written on 19 juin 2012

    Magnifique ! On ne s’en lasse pas ! Tout cela semble irréel ! Ces arbres tentaculaires sont impressionnants ! On a du mal a à croire que de telles merveiles ont pu être erigées ! Encore une fois bravo pour cette reconstitution historique !

    Répondre
    • Jphi

      Written on 19 juin 2012

      C’est vrai que c’est impressionnant… C’est même émouvant quand on se tient devant ces temples ! Et quand en plus il y a ces arbres… c’est une autre planète !

      Répondre
  • vidalluc

    Written on 20 juin 2012

    Non seulement de superbes photos , mais aussi un régal à la lecture .

    Répondre
  • isaandpat

    Written on 1 juillet 2012

    LV 426, la destination était évidente et qu’importe comment tu y arrive en Space jockey ou patrouilleur fluvial US, l’essentiel étant d’en repartir !
    Car dans l’espace …………. tu connais la suite .

    HR Giger le géniteur de La Créature a du visiter ces temples et on est partagé entre la sérenité et le doute face à ces sculptures comme face à
    ses oeuvres.
    http://www.hrgigermuseum.com/index.php
    ( pas pour tout le monde)
    Merci pour la ballade terrifiante, j’espere que tu n’as pas ramené de graines de phiguierphagocyteur………..

    Répondre
    • Jphi

      Written on 4 juillet 2012

      Bravo pour LV426 je vois que je suis tombé sur un connaisseur ! (De toutes choses d’ailleurs je me rends compte…) C’est vrai que Giger a dû faire un tour par là-bas… Ça doit bouillir dans sa tête, le pauvre garçon…
      Quant aux graines j’en ai ramené, si bien sûr, je t’en ai envoyé quelques unes par la poste d’ailleurs. Mais ne t’inquiète pas, aucun danger, tout ça c’est des histoires même si dans l’espace personne ne m’entendra crier et je n’y arrrgllllgrrllllaaaaaaahh…..

      Répondre

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