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Jebel Shams

Posted by Jphi Categories: Adventure Running Tags: Oman 1 601 views

Voyage à Dubaï, dans les Émirats. Je connais, pour y avoir couru plusieurs fois. À quelques heures de route, un pays encore inconnu pour moi me tend les bras : le Sultanat d’Oman. Ce pays forme la corne de la péninsule arabique. Vaste plaine désertique hérissées de montagnes rocheuses imposantes, Oman possède des paysages sauvages parmi les plus beaux du monde.

A peine arrivé à Dubaï, après un voyage de 9 heures avec une escale au Koweit,  je pose ma valise et récupère un 4×4 que j’avais réservé au préalable. Il fait nuit, je prends la route pour Oman direction l’ancienne capitale du sultanat, fief des poètes et intellectuels : Niswa. Il y a deux routes qui permettent de longer le massif d’Al Hajar, la route nord cotière, reliant la capitale Mascate à Dubaï, et la route sud ralliant Niswa. Je roule toute la nuit, passe la frontière à Al Buraymi. Oasis occupant une position stratégique, entre Sohar et le Golfe d’Arabie, au confluent des routes caravanières, elle sera l’objet de plus d’un conflit comme en témoignent ses multiples forts. Mais la nuit et le temps perdu au poste frontière ne me donneront pas l’opportunité de les voir.

Je continue ma route, passant par Ibrī, et Bahlā (ville datant de 5000 ans!) où le soleil se lève.

Puis je quitte la route et oblique vers le nord, piquant droit dans les montagnes. Parvenant à Al Hamrā, le djebel Shams apparaît au détour d’un virage. Djebel Shams signifie « montagne du soleil » en arabe.

Je suis aux portes du Wādī Ghūl. « Wadi » est un mot arabe qui signifie à la fois cours d’eau et vallée. Ghul est un vieux village installé au pied de la montagne, à l’entrée du wadi.

Le village est abandonné, mais le site est parmi les plus prestigieux d’Oman.

Je poursuis rapidement ma route car le soleil commence à monter sérieusement au-dessus de l’horizon et je voudrais éviter les chaleurs intenables qui ne vont pas tarder à s’imposer…

En dehors des oasis l’endroit est plutôt désolé…

Il n’existe pas vraiment de carte des lieux, parfois quelques panneaux me confortent : je suis sur la bonne route.

Je finis par laisser mon véhicule sur le bord, m’octroie une petite sieste à l’ombre car cela fait déjà plus de 24 heures que je n’ai pas dormi, puis endosse sac, gourdes et entame l’ascension sous l’oeil étonné de la population locale.

Musique.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Le terrain est très accidenté, sec et rocailleux. Difficile de courir dans ces conditions. La température est déjà assez élevée. Là-haut dans le ciel un hélicoptère de l’armée omanaise fait des ronds comme s’il recherchait quelque chose, et nous rappelle que le sommet du Jebel Shams est une zone militaire. Fatigué de chercher, il retournera rapidement se poser, laissant le silence retomber sur la montagne.

Enfin, sans que rien ne le laisse présager, le sol s’ouvre soudain devant moi. Il vaut mieux regarder où on met les pieds.

L’à pic est vertigineux. Plus de 1000 mètres me séparent du fond de la vallée. C’est le wadi Nakhr, ou Grand Canyon.

Posté sur une pierre au bord du vide, j’ai quand même du mal à regarder en bas. Le vide vous aspire, c’est bien connu. Il ne faut pas être sujet au vertige…

La profondeur est impressionante. L’oeil s’y fourvoie. Il tente d’évaluer la distance mais l’auto focus ne fonctionne pas ici : à l’horizontale, il n’est pas très difficile d’estimer une longueur ; mais à la verticale, c’est une autre histoire… J’aurais dit 500 à 800 mètres… Google Map lève le doute : ce sera 1000 mètres. Pour comparer, le sommet de la tour Eiffel est à 300 mètres…

Je trottine le long du gouffre, mais ne peux me résoudre à arracher mon regard du vide.

Je sens sans arrêt cette présence à côté de moi. L’abîme est là, tout près. Il exerce son attraction, puissante : comme quoi, le vide ce n’est pas le néant, puisqu’il emplit tout l’espace et s’impose. Le wadi est le pendant du djebel. Le gouffre l’ombre de la montagne. Aussi monumental l’un que l’autre.

Je suis exténué, de par le manque de sommeil, l’altitude, le voyage, la chaleur, que sais-je… je suis obligé de piquer un petit somme de dix minutes à l’ombre d’un magnifique juniper (et oui il y en a ici aussi… cet arbre, emblématique de la Sierra Nevada est un de mes préférés).

D’ailleurs il y en a beaucoup, des vivants, et les restes pétrifiés de ceux qui ont eu leur heure de gloire…

J’ai toujours été impressionné par la forme qu’ils prennent en se développant. Ce n’est pas le vent qui les tord, ils poussent comme ça ! Comme s’ils se torturaient eux-mêmes…

Je me réveille, sorti de ma sieste par un gros lézard venu gratter près de mon sac.

Je repars à l’assaut du djebel Shams, et en atteins bientôt le sommet. Ou presque, car celui-ci est zone militaire réservée. Il me manquera 100m, tant pis.

Je suis à 2800 mètres d’altitude, au bord d’un autre précipice, au nord du djebel, dont le fond est à 700m. Faites le calcul…

Sans aller jusqu’au fond de la vallée, le pied des falaises est environ 1500 mètres plus bas…

Là encore le précipice vous prend à la gorge. Le vide vous attire à lui.

De toutes façons, il me serait impossible de sauter, même avec un parachute (ne t’en déplaise, Flo, si tu me lis, je ne suis pas fait pour le base jump) : le fourmillement qui me tiraille les reins est le cordon ombilical indéfectible qui me retient sur la crête et dans ce monde…

Après avoir longé la falaise et plongé mon regard dans la vallée, où se niche le magnifique village de Bilād Sayt où j’irai demain, je redescends par un autre chemin (heu en fait, il n’y avait pas de chemin)…

Je me dirige un peu à l’estime, louvoyant entre les wadis qui sillonnent la montagne et les précipices. Tant et si bien qu’au bout d’un moment je ne sais plus très bien où je suis (pas de carte je le rappelle). Et je commence à avoir soif, mes gourdes sont vides.

Soudain, je surprends une chèvre en train de grimper aux arbres.

Celle-ci, plutôt que s’enfuir comme les autres, fait l’indifférente. Marrantes ces chèvres, elles ressemblent plutôt à des chiens avec leurs poils et leurs grandes oreilles. Surtout quand elles courent, elles aboieraient presque.

Puis elle s’éloigne doucement et se retourne pour m’attendre, elle me ferait presque signe de la suivre. Bof, qu’est-ce que j’ai à perdre ? Je la suis.

Elle descend dans ce petit wadi et disparaît.

Je m’y enfonce à mon tour, me demandant où elle peut bien vouloir m’emmener… Elle s’arrête tous les 50 mètres et se retourne sans cesse, elle veut vraiment que je la suive !!!

Enfin, au détour d’un gros rocher, je comprends. Elle voulait juste me présenter sa copine, perchée elle aussi dans un arbre…

La chèvre a des plaisirs simples : elles ont l’air presque contentes…

Je prends congé de ma chèvre-setter-irlandais et la chèvre-labrador, puis choisis de m’engager le long du wadi qu’elles m’ont indiqué.

Je retrouve ainsi mon chemin, ma voiture, ma réserve d’eau (j’étais à sec depuis deux heures). Et une grande bouteille de coca à bonne température (35°).

Je suis le soleil couchant jusqu’à une crête pour bivouaquer. J’installe mon duvet alors que la nuit tombe, en me demandant quelle vue j’aurai au réveil. Campement spartiate : pas de tapis de sol, pas de feu. Je mange froid et dors sur les cailloux, le regard plongé dans un ciel pur, rempli de plus d’étoiles que je n’en ai jamais vu…

Et là, contre toute attente, je dors… neuf heures !

Lendemain matin : le soleil se fraye un chemin entre les sommets d’Al Hajar.

J’ouvre les volets. Ouaaah !

Je rassemble mon équipement (sommaire, oui), j’avale une gorgée de café (non, coca), une biscotte (heu barre de céréales)…

Puis je descends dans la vallée, en direction de Bilād Sayt et son fameux Snake Canyon… Mais ça, c’est une autre histoire.

 

A suivre…

 

(portfolio sur la page expeditions…)

Et une ‘tite vidéo pour ceux qui n’ont pas le vertige…

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    ...autres courses dans la région :


  • > Snake Canyon
  • > As Sab, le village perdu
  • > Bilad Sayt

8 Responses to Jebel Shams

  1. super beau effectivement!! je crois que l’arbre ou monte la chèvre est un arganier… à confirmer…
    @ tt

    Posted on 1 avril 2011 at 15 h 54 min
    |
    Répondre
    rèm says
    • Ben c’est peut-être un chèvrefeuille ? Non ? Bon d’accord.

      Posted on 3 avril 2011 at 11 h 55 min
      |
      Répondre
      Jphi says
  2. Toujours plus loin dans des projets d’aventures: Trop bon le coup du bivouac – trop sympa d’avoir comme compagnes des « chèvres orientatrices » – trop cool d’avoir pour voisinage la tribu des étoiles – trop de gourmandise avec le coca à 35° ….
    Tu résistes comment à toute cette fatigue?????

    Posted on 1 avril 2011 at 21 h 31 min
    |
    Répondre
    mpie says
    • Et oui toujours plus plus plus… Je mettrai bientôt en ligne la journée du lendemain : canyoning, via ferrata, etc… Avec une tite vidéo sympa… D’ici qques jours, je manque un tout petit peu de temps ! @+

      Posted on 3 avril 2011 at 11 h 58 min
      |
      Répondre
      Jphi says
  3. Et l’on s’imagine que ces endroits ne sont que désert de sable et puits de pétrole ! Cela me fait penser au désert de Mauritanie, sauf qu ‘il n’y a pas que des chèvres dans le Sahara, une présence humaine invisible mais réelle partout. On attend le dexuième jour…

    Posted on 4 avril 2011 at 9 h 23 min
    |
    Répondre
    Jacky says
  4. Encore un crapahut hors norme J Phi!

    J’espere que tu avais emprunté le parachute de bord
    pour flirter avec l’abime comme tu l’as fait.
    Heureusement une chienvre t’a montré le chemin de l’oued, rousse ou blonde dans ces solitudes;;;;;
    Moi aussi ca m »a rappelé la Mauritanie Jacky.
    Alors c’est quoi la suite ;combats à main nues contre la faune locale, tu forces des dromadaires à la course , via ferrata non ferrée !!
    Merci de nous faire partager ta vie fabuleuse .

    Posted on 7 avril 2011 at 23 h 58 min
    |
    Répondre
    Patrick says
  5. « via ferrata non ferrée »… tu ne crois pas si bien dire… suis parti sans savoir si elle était équipée jusqu’au bout… Je mets tout ça en ligne d’ici 2-3 jours, avec une tite vidéo aussi… à suivre… ;)

    Posted on 8 avril 2011 at 17 h 48 min
    |
    Répondre
    Jphi says
  6. Un air de déjà vu : jebel Shams ? Voyons ne serai-ce point plutôt la …Ste Victoire ? Les associations visuelles ça vous joue de ces tours…

    A propos de visuel : admirer les photos/video et ressentir, l’estomac serré, les reins qui vous picotent lorsque les sirènes du vide vous envoûtent par leur appel silencieux… le tout bien assis au fond d’un fauteuil, c’est magique ! Merci Phil.

    Fort belles mais un brin mélancoliques me sont apparues les photos des junipers, ces sentinelles immémoriales du jebel.

    Si-si, je l’ai reconnue la lampe du bivouac : mais après avoir illuminé un certain ravito de duo à Cendras, elle a du se sentir for pâlote face aux myriades d’étoiles du djebel…

    Je réserve ma place en fauteuil premier rang pour la suite : canyoning et via ferrata en « fright-live » Yess !!

    Posted on 13 avril 2011 at 15 h 21 min
    |
    Répondre
    ThePop says

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