Rae Lakes Loop

Kings Canyon, USA

08 Août 2011 - 11 Comments - by RUNTHEPLANET

Rae Lakes Loop

Kings Canyon, USA

08 Août 2011 - 11 Comments - by RUNTHEPLANET

Après ma sortie d’hier à Echo Col, avortée, et une courte nuit de repos, me voici debout à 3 heures du matin, traversant le village d’Independance, en direction d’Onion Valley. Mon programme est chargé. Je compte courir la boucle de Rae Lakes, soit environ 60km mesurés avec mon pouce sur un pauvre plan dans un bouquin. En réalité, on le verra plus tard, la distance sera beaucoup plus grande…

Je suis garé. Il est 4h30. Je suis à 2800m d’altitude, il fait dans les 4 ou 5°C, je choisis de partir léger : short, Tshirt. Ce soir, même si je rentre de nuit, il ne devrait pas faire plus froid que ça vu qu’à cette heure-ci, au petit matin, les tempé sont au plus bas… (gasp!)

Je vide mon coffre de toute la nourriture (barres de céréales, gâteaux), en emporte la moitié et laisse l’autre dans un coffre en métal cadenassé, bear-proof, car je n’ai pas envie de retrouver à mon retour la voiture défoncée par un ours affamé… (et oui ça arrive souvent !)

Et j’entame mon ascension, sur un sentier qui serpente dans la montagne, passant près de Little Pothole Lake que je ne verrai pas car le soleil se lève à peine. Quand la lumière éclaire enfin les sommets environnants, je suis à 3200m, sur les berges de Gilbert Lake.

Les rayons du soleil dardent le relief, repeignent montagnes et forêts pour l’occasion, et la température grimpe.

Je prends un petit dej sur les bords du lac, puis continue mon ascension vers Kearsarge Pass, col qui me permettra d’entrer dans Kings Canyon. Mais la route est encore longue.

Quand le soleil m’atteint à mon tour, je suis à la limite de la forêt et m’engage sur le flanc rocailleux de la montagne. Je mets un peu de musique.

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Le sentier en balcon nous emmène au-dessus d’un lac en forme de coeur : Heart Lake.

Mais le coeur est noir. Ses eaux sont fuligineuses comme de l’huile de roche. Insondables. Elles engloutissent la lumière. Comme si un morceau de nuit était resté collé dans ce trou.

Un battement d’ailes au-dessus de moi me fait lever la tête. Une volaille d’environ 2kg se promène dans les branches d’un arbre, picorant les pignons à même les cônes, et faisant peu de cas de ma présence. Pas farouche la pintade. Il faut dire que la vallée n’a pas vu de chasseur depuis au moins 70 ans, date de création du parc de Kings Canyon (Sequoia National Park et Yosemite ont été créés en 1890).

Je poursuis mon chemin : devant moi, la crête de Kearsarge Pass, première difficulté de mon parcours qui en comptera trois, celle-ci comptant double puisque je serai obligé de repasser par là pour revenir. En effet, la boucle de Rae Lakes Loop est au milieu de Kings Canyon et n’est accessible que par deux entrées : Road’s End, le plus court, le plus pratique et le plus emprunté, mais côté ouest de la Sierra Nevada, et Onion Valley, plus long (12km aller), plus difficile (Kearsarge Pass à gravir deux fois), dans l’Eastern Sierra. Comme j’étais justement à l’est, je n’avais pas le choix. Il n’y a que deux routes qui traversent le massif. Une au nord, à Tioga Pass, l’autre au sud, au Lake Isabella près de Mojave. Entre les deux, 300km de montagnes. Je lève la tête. Kearsarge Pass, 3600m.

En approchant de la passe, on longe à main gauche un trou d’eau noire. Bien rond, bien profond. Au nom bien trouvé de Big Pothole Lake, le « lac de la fondrière ». Encore une particule de nuit oubliée.

Le lac est gardé par une ligne de crête s’étendant jusqu’à University Peak en arrière-plan.

On y est. Kearsarge Pass. D’un côté, celui d’où je viens, la vallée de l’Eastern Sierra et Inyo Forest. De l’autre, Kings Canyon. La Sierra Nevada comme que je l’aime. Je me tiens à califourchon sur la frontière. À ma gauche le monde des hommes, à ma droite la nature brute, originelle.

Et oui c’est marqué. On entre dans Kings Canyon. Mais rien qu’à franchir la passe et à regarder de l’autre côté, on le sait.

Nous allons pénétrer dans la quintessence même de la Sierra Nevada. Un écrin caché au coeur de hautes montagnes, digne de Cathedral Lakes. Un écrin qui se mérite, accessible par de hautes passes, ou un long périple le long des vallées. Une boucle magnifique à parcourir en à peu près trois jours. Je vais essayer de la boucler en une journée, en prenant le temps de m’en mettre plein la vue toutefois…

À mes pieds, Kearsarge Lakes, dominés par Kearsarge Pinnacles.

Et derrière, la chaine de montagnes de Kings Kern Divide, qui crève allègrement les 4000m d’altitude.

Je commence la descente dans la vallée, en direction de Bullfrog Lake que l’on voit au loin, réveillant une marmotte au passage.

Le sentier est magnifique, facile, et je me fais plaisir à dérouler une petite foulée, caméra sur le front, pour en profiter à fond (film en fin d’article). Je longe toute la vallée de Kearsarge sur son flanc nord.

Je m’arrête souvent pour photographier le paysage. La flore, libérée par la neige tardive, explose.

Le sentier déroule. Je me délecte de ces vues minérales.

L’extrémité de Kearsarge Pinnacles est barrée d’une estafilade, et je me demande s’il s’agit d’un sentier en balcon taillé dans la roche. Probablement pas. Ou alors une ancienne voie indienne, oubliée depuis… On peut rêver, non ?

En tous cas, au pied de cette montagne, on devine la faille en V par laquelle je passerai ce soir, au retour, en provenance de Vidette Meadow.

Et sous mes pieds, Bullfrog Lake.

En arrière, on mesure le chemin parcouru depuis Kearsarge Pass. Je reste de longues minutes à savourer ces paysages fantastiques.

Mais il est temps de repartir. Le soleil monte rapidement dans le ciel, incendiant les restes d’un vieux Southern Foxtail Pine.

Tandis que le sentier s’incurve vers le nord, la vue s’ouvre vers l’ouest le long de Charlotte Creek, avec au loin la silhouette caractéristique de Charlotte Dome, patientant au soleil comme un jambon qui attend qu’on lui ôte une tranche. Je passerai à ses pieds au retour.

Je quitte les vallées verdoyantes et m’enfonce dans ce qui semble être un cul-de-sac…

Je sens qu’il va falloir monter… D’ailleurs la neige refait son apparition.

Ainsi que quelques lacs glaciaires.

Nous avons dépassé les 3500m d’altitude, à l’assaut de Glenn Pass, qui nous permettra de franchir la barre de montagnes et de passer de l’autre côté, dans la vallée de Rae Lakes. On devine la passe, tout en haut, à 3650m.

Nous y voici. Glenn Pass. J’adore les passes. C’est comme franchir une porte entre deux mondes. Jusqu’au tout dernier moment on ne sait pas ce qu’on va trouver de l’autre côté. Et en une seconde, la vue se dévoile.

D’un côté, le monde duquel je viens.

De l’autre, celui dans lequel je vais, et Rae Lakes au fond de la vallée.

Une fois de plus, assis sur un caillou, je me dévisse le cou et écarquille les pupilles pour faire entrer le plus possible de lumière, de détails, de souvenirs…

Je peux même deviner le sentier que je vais suivre en contrebas, précédé par quelques randonneurs.

D’ailleurs, d’autres sont en train de gravir Glenn Pass, venant à ma rencontre. Je lève le camp.

Je descends assez rapidement, glissant dans la neige avec mes runnings et mon short, sous l’oeil un peu amusé des randonneurs qui regardent mon équipement plutôt léger avec un air sceptique… Je retrouve un paysage plus verdoyant, plus oxygéné aussi, vers 3400m.

Puis Rae Lakes, enfin, se dévoile. Une goutte d’eau verte et pure dans un écrin minéral.

J’arrive au bord du lac. Il est très étendu, assez poissonneux. On s’y baignerait, s’il n’était aussi froid… N’oublions pas que nous sommes à 3200m d’altitude et qu’il est alimenté directement par la fonte des neiges…

Les pieds dans le lac, bronzant au soleil, voici Painted Lady. Je ne sais pas d’où vient ce nom, peut-être du papillon… ou de ces maisons colorées à San Francisco, justement pointues comme ce sommet…

Le sentier longe le bord du lac, passant du flanc ouest au flanc est de la vallée.

De là, la vue sur Painted Lady est parfaite.

Le sentier épouse la forme du lac, on longe les berges rapidement, à petites foulées. Silence. Tranquillité. S’il n’était une petite poignée de randonneurs croisés de temps à autres, on se délecterait d’une nature totale, inhabitée, vierge.

Bien heureusement, les randonneurs, ou backpackers, tous surmontés d’un énorme sac à dos, sont aussi à la recherche de ce calme et du côté sauvage de la Sierra. Ce qui fait que vous pouvez passer tout près d’un camp sans vous en rendre compte tellement tout est silence : le backpacker ne parle pas ; il emmène sa solitude avec lui et s’en délecte.

Rae Lakes, ensemble de trois lacs contigus, tout juste séparés par la largeur d’un chemin, font deux kilomètres de long. Surveillés au sud par Painted Lady, ils s’étirent au nord sous l’oeil d’un monstre de pierre : Fin Dome.

L’Aileron.

Nageoire émergée d’un cétacé fossile, enfoui sous les eaux de Rae Lakes.

En suivant le cordon d’eau pure qui connecte entre eux tous les lacs de la vallée, on arrive à Arrowhead Lake, le lac de la pointe de flèche. Il tire son nom de sa forme caractéristique, pointant vers le sud, plutôt que d’un vestige indien retrouvé sur ses bords.

Puis c’est le tour de Dollar Lake.

Et lui ? Tient-il son nom d’un dollar en or retrouvé dans ses eaux ? Ou de sa forme toute ronde… En tous cas, ces dénominations sont parlantes, et nous rappellent que nous sommes dans l’ouest américain.

Nous traversons une forêt éparse de Southern Foxtail Pines, caractéristiques, tandis que la vallée adopte une pente descendante.

Nous sommes à 3100m. Le bas de la vallée, visible au pied des montagnes, est à 2600m.

Ces montagnes culminent à 3900m avec Pyramid Peak, au fond. Celle de droite n’a pas de nom, on peut l’appeler 3764 d’après son altitude. Celle de gauche, c’est Window Peak. Je m’assieds cinq minutes sur une pierre.

Remarquez bien que ces trois montagnes forment une cuvette qui s’ouvre sur le sud, de notre côté, et qu’une cascade s’en écoule.

En juillet 1996, un ranger du nom de Randy Morgenson, avec 27 ans d’expérience,  a disparu pendant une patrouille dans la backcountry de la Sierra (hors sentier). Pendant des mois, ses collègues, des équipes de recherche, des hélicoptères, des chiens, ont cherché en vain, jour après jour, fouillant tout le massif de la Sierra. Cette affaire a eu un grand retentissement dans le pays. Pendant des années, le mystère est resté entier, car des détails laissaient penser qu’il avait peut-être quitté le pays, et les allégations allaient bon train. Ce n’est que cinq ans plus tard, en 2001, qu’on a retrouvé ses restes, ici, dans cette vallée de drainage au pied de Window Peak, en un lieu pourtant précédemment fouillé par les équipes de recherche.

Randy Morgenson était passé au travers d’un pont de neige, malgré son expérience solide, se noyant dans la rivière passant sous la glace.

Pendant que tout le monde le cherchait, spéculant sur son sort, ce ranger sauvage et taciturne, en osmose totale avec la Sierra Nevada, se mélangeait au monde qu’il aimait, la rivière dispersant chaque particule de son corps pour ensemencer les vallées en contrebas.

Je ne peux détacher mon regard de cette cascade qui rebondit sur les flancs de la montagne. On devrait la renommer (la nommer tout court car elle n’a pas de nom) en Randy Morgenson Fall. Car c’est par elle que s’est échappé Randy Morgenson, corps et âme éparpillés, bu par les centaines de backpackers qu’il protégeait, rentrant en communion totale avec Kings Canyon.

Woods Creek, la rivière, arrose justement la vallée de Paradise Valley. Que lui souhaiter de mieux ? Pour ceux qui veulent en savoir plus sur son histoire, je conseille le livre The Last Season, d’Eric Blehm.
[floatquote]Randy Morgenson, 1966[/floatquote]Lake Basin… I feel I could spend my life here.

 

Je traverse justement Woods Creek sur un pont suspendu pour rejoindre la rive droite.

Nous sommes dans une clairière, Castle Domes Meadow.

Ce pourrait être lui, Castle Domes, rive gauche, imposante montagne au sommet de laquelle semble justement bâti un château.

Mais non, Castle Domes c’est rive droite. Ce sont bien des dômes, mais peu à voir avec un château je trouve.

Au dessus de moi, une montagne, avec de nouveau une estafilade barrant son flanc, comme un sentier taillé dans la roche. Comme ce matin vers Kearsarge Pass. Je me demande quelle cause minéralogique peut faire ces effets… Est-il vraiment possible que ce soit un sentier ?

Comme nous passons sous les 2500m d’altitude, le paysage change. La végétation se fait plus luxuriante. Nous entrons même, à partir de 2400m, dans une véritable forêt, que l’on ne quittera plus jusqu’au soir.

Malgré l’ombre salvatrice, la température approche des 40°C. C’est que plus on descend, plus il fait chaud, et le soleil est haut dans le ciel, car il est dans les 15H.

Je cours entre les arbres, un peu endormi (je suis debout depuis 12 heures après une courte nuit peu réparatrice, et il est en France déjà minuit), alternant les zones d’ombres et zones ensoleillées, plissant les yeux puis les écarquillants pour y voir clair. J’ai les idées un peu embrumées, laissant mes pensées vagabonder, calé sur un rythme de course un peu automatique, lorsque soudain un bruit de crécelle très caractéristique me vrille les tympans, se frayant un chemin dans mon cerveau comme une décharge électrique, énergisant tous mes neurones comme une alarme dans un cockpit. Réveil immédiat. Arrêt instantané.

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Serpent à sonnette.

Un rattlesnake comme on dit ici. Au milieu du chemin, à un pas.

De la famille des crotales. Potentiellement mortel. La morsure est rare, mais provoque des dommages assez impressionnant aux tissus organiques, ceux-ci augmentent de volume jusqu’à éclater comme un fruit trop mur. Si vous êtes traités à temps par un anti-venin (dérivé d’un sérum de cheval dangereux par lui-même, il ne peut être administré qu’en hôpital) vous vous en tirez avec trois ou quatre jours d’hosto.

Sympa, il m’a prévenu de sa présence avant que je lui marche dessus.

Je repars, trottinant au coeur de la forêt, l’oeil aux aguets. Désormais, je me méfie. Je franchis South Fork Kings River sur un pont en bois.

Je suis à l’entrée de Paradise Valley, courue par les randonneurs, avec dans le fond la silhouette de Buck Peak.

La forêt reprend. Je n’arrive pas à m’enlever de la tête ce serpent à sonnette, aussi je ralentis à chaque fois qu’il y a de hautes herbes.

Je longe la South Fork Kings River, dans laquelle nagent aussi quelques bestiaux fantasmagoriques…

Paradise Valley. Vision d’exception, que ne rendent malheureusement pas ces pauvres photos… Avec, au fond de la vallée, agissant comme un aimant : le Sphinx.

La pente augmente, la descente se fait plus rapide. Les eaux, calmes quelques kilomètres en amont, se précipitent désormais, se mêlent d’écume, vaporisent une fine bruine, et caracolent dans un boucan d’enfer. C’est Mist Fall.

Puis la pente s’adoucit. L’atmosphère change. Plus calme, plus sereine. Plus mystérieuse aussi. L’air s’épaissit. On a l’impression d’entrer dans un sanctuaire. L’eau s’est assagie, s’écoule presque avec retenue, au ralenti, comme cristallisée, sans déranger la forêt qui respire profondément.

L’impression de pénétrer dans un monde interdit est tenace.

Je cours en me méfiant des hautes herbes, le serpent à sonnette toujours à l’esprit. Mais c’est une toute autre rencontre que je vais faire dans ces sous-bois. Les photos sont floues, évidemment, vu la luminosité et la faible ouverture de mon petit appareil.

Un ours traverse tranquillement le sentier, à la recherche de nourriture. Comme je courais lentement, de peur des serpents, il ne m’a ni vu ni entendu approcher. Je me suis figé dès que je l’ai vu, mais j’étais déjà très proche de lui, dans les huit mètres environ.

Il ne faut jamais surprendre un ours, il faut au contraire l’avertir de sa présence, en faisant du bruit, ou faire un détour à distance raisonnable. J’étais sous le vent, il ne m’a pas senti. Ni entendu arriver. Il ignore ma présence, flairant doucement le sol à quelques mètres. Étant donné ma proximité, plus question de faire du bruit, j’ignore quelle pourrait être sa réaction. Bon, c’est un Blackbear, pas un Grizzly (qui n’existe plus en Sierra Nevada), mais il faut toutefois rester très méfiant : la bestiole de 150kg court à près de 60km/h et monte aux arbres. Il peut tuer un cerf d’un seul coup de patte.

Je sors lentement ma caméra pour le filmer, me glissant lentement derrière un arbre, bien décidé à ne pas le rater comme le dernier ours que j’avais rencontré il y a deux ans.

Ma caméra filmant en grand angle, on a l’impression sur le film qu’il passe à une dizaine de mètres. Il n’en est rien, je peux vous dire qu’il m’est presque passé sous le nez. J’ai pu détailler sa fourrure sombre, hérissée d’une crête jaune dans le dos, ses petits yeux marrons, tandis qu’il soulevait quelques souches pour happer des insectes.

L’ours ne m’a toujours jamais remarqué, ou alors m’a superbement ignoré, et s’éloigne doucement dans la forêt.

Je m’éloigne dans l’autre direction, et traverse South Fork Kings River sur un pont de bois.

La rivière est tumultueuse, alimentée par la fonte des neiges de la journée. Le soir, les torrents doublent de volume par rapport au matin. Il faut le savoir (j’en ai déjà fait les frais) : lorsqu’on fait un aller-retour, un torrent un peu limite traversé le matin sera franchement impraticable au retour…

Je suis arrivé au point bas de ma boucle. 1600m d’altitude. Road’s End. Le point d’accès le plus facile pour Rae Lakes Loop.

La boucle de Rae Lakes, en commençant à Road’s End, fait 46 miles (74km). Les backpackers la font en deux à six jours. Je suis au 55ème kilomètre d’après mon GPS. À vue de nez, il m’en reste 30 pour rejoindre Onion Valley… en passant de 1600 à 3600m pour franchir de nouveau Kearsarge Pass et redescendre de l’autre côté…et le soleil décline… Une fois de plus je vais terminer de nuit ! Enfin, tant que je ne rencontre pas d’ours dans le noir…

Je commence donc mon ascension, sous le regard du Sphinx, sur un versant en plein soleil. Il fait une chaleur intenable, je cuis sur place. Je me traîne d’une ombre à l’autre sur une pente à 20%, les lacets se succédants les uns aux autres.

Je devrai monter de 300m pour prendre pied dans une vallée est-ouest, le long de Bubbs Creek. Le soleil dans le dos, je trottine, environné de montagnes élevées. Sans presque m’en rendre compte, je passe aux pieds de Charlotte Dome, aperçu de loin au petit matin (le « dôme-jambon qui attend qu’on lui découpe une tranche » ).

Le soleil descend sur l’horizon, allongeant les ombres.

Le soleil est dans mon dos, il se couche dans l’axe de la vallée.

Du coup, je cours avec mon ombre étalée devant moi, noire sur un sol sablonneux. Avec la fatigue qui me tombe dessus, et l’échine courbée par la perspective de grimper 2000m de dénivelé en pleine nuit, j’ai remis mon casque, avec un peu de musique pour me redonner du courage, essayant d’ignorer les nuées de moustiques qui m’assaillent.

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Je me force à trottiner malgré mes jambes lourdes (je n’ai toujours pas récupéré, ni du vol d’avant-hier, ni de la sortie neige de la veille), l’oeil fixé sur mon ombre grandissante. Mon cerveau commençait à se préparer pour se mettre en mode veille lorsque, une nouvelle fois, une décharge électrique me vrilla les neurones et je jetai mon casque audio d’un geste brusque, me figeant sur place.

De nouveau, ce crépitement caractéristique, sans appel, annonçant la présence d’un serpent à sonnette, s’était frayé un chemin à travers la musique de mes écouteurs. Celui-là était lové sur le bord du chemin, au soleil, sauf que mon ombre l’avait recouvert et qu’avec le contraste de lumière il était peu visible. Je serais passé à porté de crocs. Un spécimen de plus d’un mètre. La queue crépitant dans l’air sec d’un air furieux, il dressait son cou en un S parfaitement agressif, comme un cobra prêt à cracher. J’en fis lentement le tour tandis qu’il se calmait.

Il regagna ses fourrés et je repris mon chemin, en priant la nuit de se hâter car les serpents retrouveraient alors leur nid.

La lune se lève sur le flanc du Mt Brewer, et c’est tant mieux car j’aurai bien besoin de son aide dans cette nature sauvage.

Le soleil se couche quand j’arrive à Junction Meadow, carrefour de sentiers et de rivières (vers le sud, East Creek et le sentier vers Kern Canyon ; vers l’est, Bubbs Creek et la direction de Vidette Meadow, que je vais suivre). Le Mt Bago éclaboussé de rose sera ma dernière vision de jour.

Une longue montée m’emmène alors jusqu’à Lower Vidette Meadow. Je passe près d’un camp où quelques backpackers partagent un dîner, me saluant au passage d’un signe de la main, se demandant probablement ce qu’un type en short et tout petit sac à dos pouvait bien faire à courir la nuit avec une frontale…

Là, j’oblique au nord, à l’assaut d’une pente dans la forêt. Je marche dans le silence, balayant ma frontale entre les arbres, accrochant furtivement des pupilles, yeux luisant d’animaux me regardant fixement sans ciller, me demandant s’il s’agit de cerfs, de chacals, de cougars ou bien d’ours. Je me hisse aussi rapidement que possible à travers cette fameuse vallée en V entrevue ce matin, jusqu’à l’altitude de 3200m, prenant pied sur le plateau de Kearsarge, près de Bullfrog Lake.

Je dois alors remonter toute la vallée prise en photo douze heures plus tôt, mais l’ambiance n’est pas du tout la même. Je m’enfonce dans un cirque, fermé à l’est par les monts Gould et University Peak, au nord par le Mt Rixford et au sud par les Kearsarge Pinnacles. Les sommets déchiquetés luisent dans la nuit, faiblement éclairés par la lune. J’ai le sentiment d’être au milieu d’une mâchoire prête à se refermer.

Il me faut passer entre deux crocs, par Kearsarge Pass, pour m’extirper de cet endroit et retrouver mon véhicule… pour enfin dormir, car l’épuisement me guette.

Mais ce n’est pas tout. Je suis en T-shirt et en short, je le rappelle. Et l’air, ici à 3300m d’altitude, n’est pas du tout le même que ce matin : une bise glaciale descend des sommets enneigés et balaye tout le plateau. En quelques minutes je gèle sur place. Mes doigts arrivent à peine à tenir mes bâtons, mes oreilles vont se détacher. Le vent traverse mes vêtements légers comme s’ils n’existaient pas, ma peau, mes chairs, jusqu’à mes os. Autour de moi j’entends crépiter l’herbe saisie par le givre. D’ailleurs, les ruisseaux que je traverse ne sont sauvés du gel que par leur mouvement mais leurs berges sont déjà blanchies. Ma cadence à moi, par contre, ne me permet pas de me sauvegarder du froid. Je subis de plein fouet ce vent glacial, pelotonné sur moi-même pour réduire l’exposition au supplice. Je ne suis pas loin d’abandonner mes bâtons, devenus froids comme deux morceaux de glace me dévorant les doigts.

Il est clair que je ne vais pas pouvoir continuer ainsi, d’autant plus qu’il va me falloir monter encore plus haut.

Je m’arrête, grelotant, pour ouvrir mon sac, peinant à saisir cette satanée fermeture-éclair. Je déballe ma couverture de survie, la déchirant à moitié, pour m’en envelopper. Pas facile avec ce vent qui s’échine à vouloir me l’arracher.

Je poursuis ainsi, courbé contre la bourrasque, capé d’or et d’argent, protégé de la morsure glaciaire par 13 microns de polyester. Comment un centième de millimètre de papier alu peut faire la différence entre avoir des problèmes et sortir indemne… Au passage, je ne m’étais jamais posé la question auparavant : il y a un côté doré et un côté argenté. L’un contre l’hypothermie, l’autre contre l’insolation. Ce n’était évidemment pas le moment de se poser la question ; pour ceux qui un jour auront à faire face à cette nécessité, sachez qu’il existe des études contradictoires. Il est conseillé de placer le côté doré à l’extérieur pour lutter contre l’hypothermie, mais une étude du CNES prouve le contraire. Pour moi, le vent furieux s’étant démené pendant toute l’ascension pour déchirer la couverture, la secouant en tous sens dans un bruit d’enfer, le résultat était le même car les bouffées glaciales s’engouffraient de tous côtés.

Je suis passé près d’un camp sur la rive de Bullfrog Lake. J’imagine que les randonneurs ont été réveillés par ce boucan de papier cadeau, et ont dû se blottir au fond de leur tente, les yeux écarquillés dans le noir, imaginant qu’un ours courait dans la montagne, secouant un énorme paquet de chips dans sa gueule…

J’ai passé Kearsarge Pass sans me retourner, basculant de l’autre côté, dévalant la pente pour retrouver une altitude plus basse et un air plus chaud. Je suis passé au milieu d’un groupe de biche emmenées par un grand cerf, aveuglés par ma frontale, restés là sans bouger.

Puis j’ai retrouvé mon véhicule. Après 90 kilomètres.

J’ai ouvert le coffre, attrapé un pull, un pantalon, des chaussures de rechange.

Engouffré sur le siège avant, claqué la portière. Démarré le moteur. Chauffage à fond.

Allongé le dossier. Fermé les yeux.

Enfin.

Dodo.

 

Une petite vidéo…

Echo Col

Héliski dans la Cordillère

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Never Hesitate - Never Regret

11 Responses to “Rae Lakes Loop”

  • le concombre masqué

    Written on 27 août 2011

    Dis-moi, l’homme qui a vu un ours et des serpents à sonnette et qui n’a même pas eu peur, j’ai un peu l’impression de revivre les aventures du capitaine Nemo, tant de philosophie chez un seul être, c’est rare. Mais, STP, ne finis pas comme lui …on n’aurait plus tes superbes reportages.

    Répondre
  • Jphi

    Written on 27 août 2011

    Merci, l’homme-qui-a-vu-l’homme-qui-a-vu-l’ours… un tel compliment venant d’un philosophe…
    Quoique Nemo est mort de sa belle mort, non ? A moins que tu parles du poisson ?

    Répondre
  • le concombre masqué

    Written on 27 août 2011

    Relis Jules Verne, mon trés cher JP, Nemo n’est pas mort dans « 20 000 lieux sous les mers » puisqu’on le retrouve dans le rôle du vieux sage dans « L’île mystérieuse » ….Mes voyages, je les fais souvent assis ou allongé sur mon canapé…Ce sont les voyages intérieurs, ceux dont parlent Baudelaire dans un de ces poèmes ( intitulé « les voyages » Oh Surprise ! ). Mais, perso, j’adore les tiens….Peut-être un jour, suivrais-je ta voie…

    Répondre
    • Jphi

      Written on 27 août 2011

      Je devrais peut-être relire les livres qui ont marqué mon enfance… mais il me semble qu’il est justement mort dans l’Ile Mystérieuse… comme un vieil homme loin du monde ! (Et l’esprit apaisé)

      Répondre
  • le concombre masqué

    Written on 27 août 2011

    Toi qui aimes les voyages, je te conseille, pour le rêve, de te replonger dans Baudelaire et de relire  » les voyages « . Les voyages initiatiques sont toujours des moments inoubliables…

    Répondre
  • Alexis

    Written on 1 septembre 2011

    Quelle belle sortie, mais surtout quelle aventure! ça devrait être interdit de partager de telles images, je me suis fais mal aux yeux!
    Et de belles (et effrayantes) rencontres…
    ça fait rêver!
    A une prochaine!

    Répondre
    • Jphi

      Written on 1 septembre 2011

      Salut Alex.. Et les paysages, comme souvent, c’est les photos en puissance 25… tu comprends pourquoi j’adore cet endroit !! (Bon, les rencontres, c’est pas compris dans le menu mais c’est quand même souvent par là-bas!!!)

      A+ man

      Répondre
  • mpie

    Written on 1 septembre 2011

    Toujours aussi superbe, un régal de te lire!…Mais….
    Faut-il être admirative ou penser que tu es « cinglé »… Certainement les deux

    Répondre
  • PPaco

    Written on 7 septembre 2011

    Très longue et belle sortie !
    On croirait avoir traversé les quatre saisons en une seule journée.
    Les photos toujours aussi belles et la superbe vidéo, pour avoir encore plus l’impression d’y être.
    Contre le froid nocturne, la fourrure d’ours y’a pas mieux …
    A +en Cévennes au milieu des sangliers.

    Répondre
    • Jphi

      Written on 8 septembre 2011

      Oui t’as raison Paco pour les saisons! Tu devrais écrire les articles à ma place tu as toujours de bonnes idées.. Pour la peau de l’ours je n’y avais pas pensé non plus. Si j’avais su! Mais encore ne faut-il pas la vendre avant…
      Dialogue de Sylvain Tesson avec un Russe dans la taïga:
      – Si tu as un « tiêt-à-tiêt » avec l’ours tu ne dois pas t’enfuir ni le regarder. Tu lui parles gentiment en français ou en russe, ce serait mieux en russe et tu recules doucement. Il s’en ira.
      – Vous êtes sûr que c’est la bonne méthode?
      – Non ; la bonne méthode c’est d’avoir un fusil ; çà c’est la méthode pour les fous qui n’en ont pas. Ce qu’il faut que tu saches c’est que le tête-à-tête avec l’ours, fusil ou pas, devrait normalement te donner la colique, c’est une réaction de peur normale.

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